Article paru sur le blog de Denys-Louis Colaux

Je viens de découvrir cet artiste graveur, formidable et méticuleux artisan doublé d’un créateur inspiré.

Haute futaie de la gravure. Techniquement, voilà une flèche, une pointure hors catégorie. Un horloger, un orfèvre du trait, décidé à posséder pleinement, à assurer la maîtrise sur le moindre millimètre de sa création. Il excelle dans le complexe, le savant, c’est un faramineux moine enlumineur et un architecte pointilleux, il fait chanter, tressaillir le matériau, il a la griffe d’un félin et d’un cartographe, le trait d’un archer. Un trait qui fait mouche. Il promène l’habileté sur les sommets, tout en haut. Il est est, dans la maîtrise, un albatros dans les airs. Et c’est aussi un édifice baroque à lui tout seul. Je sens dans ses encres les souffles lointains de Piranesi, de Robs, de Bresdin ou d’Ensor, je sens surtout l’affirmation heureuse, enthousiaste de la possession singulière et originale de son art.

Il a la poésie inventive, fastueuse. Il a respiré le pollen surréaliste. C’est un visionnaire nourri au fantastique. Un démiurge de l’imaginaire. C’est un grand Belge, un ancien Belge, un primitif flamand, un oniriste, un obsédé saxuel, un artisan wallon. Il voit le cygne dans le saxophone. C’est un artiste dont les arpions ont une origine, une assise solide et stable et dont les mains et les oeuvres sont aériennes et aviatrices. Tout grand talent colle une claque à l’esprit de frontière.

La mesure et la démesure trouvent dans son art un affolant point d’équilibre. Un vent singulier aère la caverne de son crâne. Coulon est possédé par le vent, traversé par lui, fécondé par les grands mouvements d’air qui circulent en altitude. Il incarne cette possession éolienne par une passion pour les cuivres et les bois : trombone, tuba et saxophone. Il a compris le génie formel qui se tient ployé dans l’instrument à vent. Il le développe en grands élans graphiques.

La majesté, le somptueux ne lui font pas peur, c’est un grand, il assume. Il assoit, dans la décontraction et la fantaisie, son règne de grand maître graveur. Tout le reste est talent appliqué, savoir-faire magistral, efforts interminables, conception méticuleuse, goût du détail, patience et passion. Il aime la mer aussi, et ses bateaux voguent sur le toit des villes et, puisqu’il est belge et de partout, il est de la montagne aussi, du courant d’air sur quoi surfe l’exocet ou plane le poisson volant. Son a/encre est belge, son oeuvre va au monde. Il y a du nonsense dans son travail, de la dinguerie, de la maboulerie mais élevée à la température du chef-d’oeuvre.

Il devine la course des pneumatiques dans les tubulures du tuba ou du trombone.

C’est un grand arbre aérien, ses racines sont profondes, sa ramure splendide et allègre. Jean Coulon est un géant de la gravure, un aérostat, un navire céleste et marin, c’est le Belge volant et il faut regarder sa rencontre comme un heureux présage.

Denys-Louis Colaux